Lorsque la mère et sa fille furent arrivées à destination, elles sortirent de la voiture et commencèrent à grimper l'étroit sentier qui menait jusqu'au châlet. Son sac sur l'épaule, Destinée marchait en retrait, le plus lentement possible. Excédée, Mme pontet revint sur ses pas, arracha le sac à sa fille, s'en chargea et tenant l'adolescente par le bras, la força à avancer. Enfin, elle frappa à la porte et peu après, la marraine de Destinée la leur ouvrit. C'était une solide femme d'une cinquantaine d'années, à l'expression un peu bourrue. Toutes trois allèrent à l'intérieur mais Mme Pontet ne s'attarda pas, prétextant un manque de temps. Destinée refusa le bisou d' au revoir et monta rapidement s'installer dans sa chambre. Lorsque ce fut fait, elle s' affala sur son lit et ouvrit son journal.
Journal intime d'une abandonnée :
Cette fois, c'est fait. Elle m'a abandonnée. Etrangement, maintenant qu'elle n'est plus là, je me sens plus aussi révoltée. Ca n'a pas l'air si mal que ça ici, en fin de compte. Il faudrait que je fasse le tour de ma nouvelle maison. Ah ! Ma marraine m'appelle pour le souper...Elle s'appelle comment déjà ? Je sais plus, ça doit faire 10 ans que je l'ai pas revue...
En descendant les escaliers grinçants, la mémoire revint à la jeune fille, son hôte s'appelait Sophie. Elle trouva que c'était un prénom trop mélodieux pour une femme si peu raffinée, mais se garda bien de lui en faire la remarque. Elles mangèrent, Sophie posa quelques questions auxquelles sa filleule répondit laconiquement. A la fin du repas, la femme demanda :
- Pourrais- tu aller sortir le chien ? J'ai trop mal au dos pour le faire moi-même, et puis tu pourras en profiter pour te familiariser avec les environs.
Destinée accepta, supposant que ça n'était pas une très bonne idée de contrarier une femme de cette carrure. Dans le jardin, un chien somnolait. Il leva la tête en entendant la nouvelle arrivante et alla à sa rencontre, curieux. La jeune fille fut tenter de rebrousser chemin. Cette bête ressemblait à un immense loup, il convenait bien à sa forte maîtresse mais ne semblait pas fait pour une adolesente. Contre toute attente, le monstre s'applatit par terre, offrant son ventre aux caresses, tout joyeux. Destinée eut un petit rire nerveux et s'agenouilla vers le chien. En y regardant de plus près, l'animal lui plut, il ne ressemblait pas aux stupides chienchiens des amies à sa mère. Elle lui mit la laisse en se demandant où l'emmener. Le regard de la jeune fille fut attirée par la forêt qui n'en finissait pas. Elle décida d'y aller, et puis le chien, qui s'appelait Janio, semblait content de cette destination. Elle s'enfonça donc dans l'obscurité des bois, son nouvel ami la tirant en avant.